" Je m'enfonce dans des nuits où tu ne peux m'accompagner, des gouffres que je ne te permettrai pas de tenter de franchir avec moi. Si l'obscurité m'a envahie au point de me rendre insensible, je ne veux pas être contagieux. Je ne t'ai jamais tout dit. Mais il vaut mieux que ça reste enfermé par ma solitude, ou brûlé par mon insouciance.
"
Où sont les hommes qui laissent une femme plonger et s'allonger sur leur corps pour annihiler leur peur ?
Où sont ils, ceux qui disait qu'ils ne tomberaient pas, jamais, face aux pièges de la vie ? Où sont ceux qui étaient pret à affronter l'avenir sans céder ? Parce que je cherche, mais je ne trouve jamais.
Etait il comédien, celui que je disais fidèle et fort, courageux et loyal, amoureux et posé ? Avait il le coeur à marée basse avec des envies d'océans ? Parce que je cherche, mais je sens que je navigue toujours à contre courant, et ça m'épuise. Et j'attends quelqu'un qui ne vient jamais. J'attends que celui que j'aime revienne mais je ne fais que le frôler et ça m'achève finalement.
Attendez un peu, là, laissez moi regarder si c'est bien lui. Je vois les traits de quelqu'un que je semble connaitre, avec la même voix et les mêmes mains, mais ce n'est jamais lui que je croise au coin d'un regard. Cet homme là est beaucoup trop sombre et fermé, trop lâche et brisé pour être celui qui m'a aimé.
Dieu sait que j'aurais tout porté, Dieu sait que j'étais prêt à tout donner, soulever des montagnes d'obstacles pour les écarter du chemin qui mène à son coeur et à Notre Avenir, traverser des déserts de silences; mais il n'en a simplement pas voulu. Et finalement c'est moi qui suit brisé.
Oh ! Théo ! Hier j'ai terminé un magnifique livre, et il m'a fait pensé à toi. Merveilleusement. Quand tu disais que l'amour se croisait par hasard, à un coin de rue et qu'il arrivait qu'on ne le reconnaisse pas du premier coup. Théo, mon personnage de ce roman te ressemble terriblement, et l'insoutenable légèreté qui habite son être me fait penser que tu n'es jamais vraiment bien loin, que je ne suis vraiment jamais bien seule. Il parle de sa rencontre avec une femme aussi tourmentée et déchirée face à la vie que tu l'étais. Il dit qu'il a fallut, six hasards pour que leur rencontre s'opère. Et je retrouve cette idée romantique et triste à la fois. Se dire que l'on peut passer à une rue, une minute, un battement de cil de l'être qui fera chavirer toute votre âme et votre existence en un éclair. Qu'il ne s'agit là de la volonté de personne pour que toute votre vie soit bouleversé en éclair. Oui; je trouve vraiment cette idée ravissante et détestable à la fois. Ravissante parce qu'elle révèle que la vie apporte des surprises, n'importe où, n'importe quand, et que rien que pour cela, nous ne devrions pas l'abandonner. Jamais. Détestable parce que Petit Homme s'est mis à raconter qu'il ne croyait pas aux êtres destinés. Et ca m'a fait quelque chose. Au fond. Oui, je l'admet.
Je ne veux pas d'amour emplie de fougue et irréfléchie, je ne veux pas de coups lancé aux hasards pour tenter d'atteindre l'autre à n'importe quel endroit - qu'importe que ce soit au coeur ou ailleurs - je ne veux même pas de coups du tout. J'aurais juste voulu entendre du bout du coeur de Petit Homme qu'il pensait qu'un homme et une femme pouvaient se reconnaitre quand ils se retrouvaient après des vies et des vies passées à se chercher. J'aurais voulu qu'il me trouve. Parce que j'ai le sentiment de l'avoir trouvé. Mais je ne crois pas qu'il m'ait reconnut. Est ce que ça fait finalement de moi une étrangère ? Un imposteur ? J'ai eu une fraction de seconde de pensée où je me suis demandé si je ne monopolisait pas son coeur, et qu'une autre l'aurait bien mieux mérité, l'attendait peut être même, et qu'à cet instant précis elle se sentait aussi seule au monde que je l'étais face à lui. Parce que je lui arrachais sa part d'âme manquante. Et je ne veux pas être une voleuse.
Je veux être Quelqu'un. Pas n'importe qui ou n'importe quoi pour n'importe qui. Je veux être ce que j'ai le sentiment d'être quand il me regarde. Mais je voudrais voir vibrer chaque parcelle qui l'habite pour sentir que j'ai réveillé au moins quelque chose, quelque part en lui, de mort, ou de pas encore né. Quelque chose pour l'aider à vivre mieux, à voir mieux et à apprécier la vie. Le rendre courageux. Quelque part, j'ai besoin de sentir que je suis indispensable pour avoir enfin la paix avec mes démons. Une bonne fois pour toute. Parce que je suis fatigué de les affronter quand je suis seule dans ma chambre, et tu sais Oh combien Théo, j'aimais cette chambre il y a quelques temps. Et maintenant je l'évite. Je m'épuise dans d'autres pièces ou au dehors pour ne pas a avoir à affronter mes murs, mes phrases, mes souvenirs cachés dans ces boites en cartons. Pour ne pas me remettre à écrire, parce que j'écris si mal, vraiment mal, depuis quelques années. J'ai cette envie de me pencher et de voir couler les mots de mon esprit et de mon coeur mais j'ai vraiment peur de les affronter. Qu'en penseront les gens ? Seras tu là, toi, pour les lire ? Qu'en penseront ils, ceux qui vivent avec moi ? Que pensera t il, Petit Homme, de cette fille qui écrit des scènes dans lesquelles elle ne met même pas de message ? Juste des repères. Qu'en pensera t il Théo ? Parce qu'écrire me fait penser qu'on pourrait croire que je suis malheureuse. Todorov répondit un jour à un journaliste qui lui reprochait de davantage souligner les maux de son époque plutôt que d'en trouver des remèdes répondit : "Nous ne sommes pas les médecins, nous sommes la douleur." Et je ne n'écris plus la douleur depuis longtemps. J'écris ce que je ne ressens même pas, ce que j'ai anesthésié, ce que je sens se faufiler et surgir par cette petite fente de mon âme. Au fond, je crois qu'à trop les avoir anesthésié, j'ai fini par tuer ma plume. Et je l'avoue. Je suis triste d'avoir perdu ça. Parce que j'ai vraiment du mal à manier les mots dans la vie. Et je dis "oui" quand je pense "non". Je bafouille, je me contredis, et je continue à penser "non" encore sans le dire jamais. Ou trop tard. Et une chose de plus à écrire qui finira dans l'anti chambre de la réflexion. Je met sur pause. J'attend. Et le jour où ca se réveille, c'est mon corps que j'anesthésie, je me rends légère pour équilibrer avec ce qui me pèse à l'intérieur, j'attend et quand je sens que je tombe et que je vais trop loin parce que la tête me tourne. Je me relève finalement. Difficilement, certes, toujours et encore. Mais j'y arrive. Prie pour moi Théo', s'il y a un Dieu quelque part qui a assez pitié pour nous, assez de temps pour se pencher sur nos petites vies de mioches perdu entre trop de chemins, trop de choix. Prie pour moi, parce que je sens que je perd foi en moi en mon corps, parce qu'il m'arrive d'avoir du mal à me relever le matin, pour mon âme parce que je sens que la moitié m'échappe, et en mon coeur, parce qu'il continue de bafouiller. Prie pour moi Théo'. Prie pour moi.