Jusqu'à hier je regardai la porte. Ce soir je l'ai franchi.

Vous n'aurez jamais le début de cette lettre. Elle est bien trop chargée de maux, de coups, de balles - perdues ou non - d'incompréhension, de non-dits.


[...] Alors sauves moi, ou sauve toi. Comme tu veux, comme il te chante, sauve toi vite parce que je risquerais de te tuer. Je ne supporterais pas un autre jour, une autre scène de rage où tu mimera le geste de ta colère. Je sens que cette lettre de calibre 44 parviendra bien par t'avoir, finalement. Elle est chargée, j'ai voulu joué à la roulette russe et tu as acquiescé. Alors ne m'en veux pas si tu y laisses plus que tes forces, plus que ton coeur. Si tu y laisses ta vie.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 10 novembre 2009 18:17

Et je fûs comme l'enfant que l'on découvre alors qu'il ne sait plus très bien s'il veut ça : rester caché ou être découvert.

Et je fûs comme l'enfant que l'on découvre alors qu'il ne sait plus très bien s'il veut ça : rester caché ou être découvert.
Octobre est passé tellement vite.Je m'en souviens. Voilà un an et je ne m'en suis toujours pas remise. Je regarde par la fenêtre et les couleurs vous ressemblent et les odeurs vous rappellent à moi. Je sens que c'est un mois nouveau de deuil qui se ferme sur mes tristes jours. Je tourne la page et je me rend compte que je vous ai bien trop écrit, peut être plus qu'il n'en faut pour raconter à son amant des journées aussi vide de sens que sont les miennes depuis que vous êtes parti. Je vois et pourtant je suis comme aveugle, les images ne restent que des images, elles ne font plus des films. Les sons ne sont que des lourds fracas sur le sol et ne font plus de douces mélodies. Et les mouvements; eux ne sont que trop lourds et prévisibles. Je ne vous parle même pas du toucher ! Quel horrible sens ! Quel horrible part de vie non comblée quand on sait qu'il a gouté à votre peau ! Et Dieu qu'Octobre se souvient d'elle. Elle manque à mon corps chaque nuit, et je rallonge mes journées par de longues marches, et mes semaines par de longs voyages pour espérer que les mois passeront plus vite avant que j'arrive à oublier qu'Octobre vous a arraché à moi; avant que j'oublie qu'une part de moi est morte cette nuit là. J'ai espéré la raviver en vous écrivant ces lignes mais je pense qu'au lieu de vous rescuciter j'ai fini par me tuer. Je suis si las, je vous attend, je me réveille chaque matin et j'ai l'espoir fou que vous serez allongé à mes cotés; tout a gardé l'odeur de votre paume : les draps, les coussins, même les miroirs vous rappellent à moi en dessinant les courbes de votre corps. Je me regarde et c'est vous que je vois.

Je pense que l'amour se nourrit du manque et que je suis bien assez rassasié. Je pense qu'il demande des concessions; qu'il veut qu'on y laisse bien plus que notre coeur. C'est un poison. Il veut votre coeur, ensuite il prend votre âme, et pour moins souffrir vous finissez par y laisser des marques sur votre corps. Parce que c'est le seul moyen de s'échapper et qu'il n'y a plus que cela qui parle après les mots. Je vous ai vu tant de fois me dire que j'étais bien sotte de croire en tout sauf en vous, finalement je ne crois plus en rien et me voilà seule dans le noir une autre nuit. Parce que le peu de fois que je vous croise, tous les endroits ressemblent à un bal masqué. Et chaque fois que vous reprenez vos traits pour me parler je vois la fatigue, l'ennui, le manque.

Mon ami, entendez bien que plus rien ne vous réunira à personne parce que vous n'avez plus confiance en vous. Tout ça est bien injuste pour moi qui n'ai fait que tendre la main pour aider. Où es mon âme et où va mon coeur ? L'avez vous simplement croisé une fois ? Parce que je me sens si seule que je me demande si je ne l'ai jamais que trop été. Rappelez vous quand vous etiez enfant, quand vous saviez que votre mère etait dans la pièce d'à coté mais que vous sentiez que le monde s'écroulait parce que l'endroit où vous vous trouviez était sombre et apeurant. Je vis là. Si vous me cherchez, je vis là. Dans cette endroit sombre et apeurant où vous avez passez vos jeunes années. J'attend, peut etre que l'innocence de l'amour reviendra me reprendre si elle a pitié, parce que j'ai pitié de moi. Oh combien j'ai pitié...

Je me relis et je me rend compte que cette lettre ne changera rien, comme toutes les autres. Les gens qui croient que les mots arrangent tout ont tort. Ils ne font que ressasser et rappeler à un présent bien arrangé des souvenirs qui sont nécéssaires, ceux qui nous hantent, qui nous retiennent parce que nous n'arrivons pas à avancer. Je pense qu'il est difficile d'admettre que plus personne ne viendra nous chercher là où nous sommes. Surtout quand cet endroit nous parait innaccessible. Je pense que le courage se trouve en nous, l'amour à ce tort là de vouloir que ce soit toujours l'autre notre héros, alors que le héros devrait naitre en nous à chaque rencontre pour nous protéger des désastres éventuelles. Mon ami, ne me blâmer pas une nouvelle fois en lisant ça : je pense que vous écrire me tue à petit feu. Je pense que finalement ce n'est pas ma personne que je tue mais cette lâche partie de moi qui refuse d'avancer sans vous parce qu'elle a peur de ne pas être à la hauteur. Est ce alors cela qu'on appelle l'amour ? Cette peur d'avancer sans l'autre parce qu'on sent qu'il nous est devenu nécessaire ? Où la peur d'échouer sans l'influence de personne ?

Une autre question : le sort qui fait que nous croyons si fort que deux personnes sont destinées s'annule t il quand l'une des deux rie de cette idée ? Parce que si c'est le cas, je pense que je n'ai pas encore trouvé ce qui me manque et que vous n'êtes pas cela. Et c'est bien dommage ! Et c'est horrible et immorale ! C'est contre nature ! Mais c'est sans doute nécessaire pour tout ce que j'ai entreprie. Je pense que la fin arrive. Je pense que j'ai fini d'y croire il y a bien longtemps mais qu'il me fallait une énième lettre pour m'en rendre compte. J'ai lu un jour quelque part, que nous ne sommes fait que de ceux que nous aimons. Et je vous ai aimé. Et je vous aime pour avoir fait de moi ce que je suis devenu à vos cotés. Mais faut il croire que j'étais destiné à une telle peine, quelle me prendrait et qu'elle me laisserait comme morte sur le sol. Vous me manquez chaque jour mais j'ai bien peur de devoir abandonner. Vous écrire me fait me rendre compte, mon ami, mon amant, que je suis seule depuis trop longtemps. Que je vous attend en vain. Que je devrais même arreter d'écrire cette lettre pour me lever et partir. Vous me manquerez, tous les jours que Dieu fera vous manquerez à mon âme mais je ne peux pas rester plus longtemps sous votre coupe, je ne peux espérer plus que ce qu'il ne m'est permis d'espérer. Je vais tenter une dernière fois de sauver ma peau et mon âme. Je bute sur les mots. Je pense que ma lettre s'achève ici, dois je donner la parole à plus grand que moi pour la conclure ? "Dites ces mots "ma vie" et retenez vos larmes"
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 03 novembre 2009 11:21

Finalement, tout m'est un rendez vous manqué.

Généralement, ce qui fait que nous passons à coté d'une occasion c'est cette peur envahissante qui pose le doute sur nos capacités : A apprendre, à comprendre, à vivre ou à aimer, qu'importe. On les appelle "désastres désirables" et on les admire; jusqu'au prochain.


Maintenant, je pense que le démon en moi est sorti ce soir, et il va tirer sur la foule comme on lance des mots au hasard pour atteindre et faire mal. Je pense qu'à trop baigner dans les fêtes et la légèreté ma cible a fini par s'y confondre. Je vais aller à sa rencontre maintenant et quitte à la manquer, je tirerai sur tout ce qui bouge jusqu'à ce qu'elle tombe. Parce qu'elle a touché toutes les parties de moi et elle a rouvert toutes les blessures. Et je les sens maintenant, et j'erre dans les rues désertes et froides en titubant. C'est mon objectif qui me tient debout. Rien d'autre. Le démon en moi n'a pas mal, il se nourrit de mes déchirures et il pleure, il pleure de plaisir de pouvoir enfin revivre. Il parle. Il parle et il dit que j'ai trop prié, que j'ai trop essayé, que je me suis tué à la tâche et que je me suis perdu et qu'il doit maintenant m'achever, nous achever tous les deux. Il va me laisser sur le trottoir et il va prendre les meilleures parties de moi pour leur faire goûter à la fièvre. Il va attendre ma cible à la sortie de sa cachette et il va lui montrer combien la nuit est sombre et froide, il va lui faire goûter à mes sombres pensées. Il va la secouer jusqu'à ce qu'elle retienne mon visage et qu'elle m'entende pleurer et hurler. Et elle l'achèvera parce que c'est ce qu'elle a finalement besoin de faire. Parce que c'est finalement comme ca que ça doit se terminer. Il marche, et il me dit de me taire quand je lui dis que j'ai peur et que je suis épuisé; il veut que j'arrete de me plaindre de mes blessures et il dit que si je ne me tais pas je vais connaitre des moments plus sombres que celui là parce que j'ai eu beau vivre avec lui, je ne sais pas encore de quoi il est capable. Il dit que ça va être une longue nuit. Sombre et froide. Et que je vais mourir.

Je vais mourir parce que j'ai perdu ma tête et que ma poitrine me fait mal et qu'il le sent, et quite à mourir avec moi, il n'aura jamais autant vécut qu'à cette instant. Il rit. Il rit et il dit que j'étais une battante et que maintenant je suis une ruine; que je lui fais pitié et qu'il va mourir lui aussi mais qu'avant il va user toutes mes forces à tirer sur la foule jusqu'à ce que les balles atteignent ma cible. Il dit que je vais mourir et que tout va mourir avec moi parce que j'ai tout inventé. Que j'ai tout imaginé, qu'il ne reconnaitra ma cible que parce que j'ai mis un espoir sur un visage mais que rien ne lui ressemble. Qu'il est deja en train de me tuer en m'avouant que j'ai tout inventé et qu'il sent déjà que j'agonise et qu'il en jubile de plaisir parce qu'il prend toujours un peu plus le contrôle. Oh je sombre ! Oh j'ai mal ! Oh mon coeur ! Il cogne dans ma poitrine comme j'ai cogné aux portes de l'église avant de venir agoniser ici avec mon démon ! Oh que mes oreilles sifflent, je n'entend plus rien que les battements de mon coeur, je sens qu'il veut dire quelque chose de secret mais que c'est bien trop lourd à avouer. Je sens que c'est injuste, je sens aussi que c'est fatale. Je sens que c'était le geste de trop. Je sens que j'ai trop laissé mon démon lever la main sur mon enfant innocent avant de l'épargner. Ce n'est pas le coup qui est fatal, c'est la démarche. Et ce ne sont pas ses mots, c'est sa voix. C'est la douleur... C'est la douleur que je ne sens plus là ? Parce que si c'est elle que je ne sens plus je pense que la fatalité approche. Où irais je ?

Mon démon a reconnut ma cible, au sortir de sa cachette. Elle la regarde, elle lui sourit. Elle en a presque l'air aimable. Mais elle n'est pas là pour ça. Elle est là pour l'atteindre et lui dire que tout est fini. Qu'elle va mourir ce soir parce que je vais mourir avec elle. Puisque je ne peux pas l'avoir. Puisque il a poussé le démon en moi à sortir. Puisque finalement rien n'est réel. Mon démon lui dit qu'il était déjà prévenu : qu'il ne fallait pas qu'il parle et qu'il respire de la sorte. Il apparait à la fin que l'amour ne dure qu'un temps. Il vous prend, vous entraine au dessus de la ville et vous lache. Et dans votre chute vous avez deux choix possibles : Vous raccrocher aveuglement à l'image que vous vous êtes fait de la personne qui vous accompagnait jusque là et prier. Ou tomber et mourir. Finalement, je n'ai plus de prières, peut être que je n'en ai jamais eu, puisque je ne sais pas ce qu'est la charité. Peut être que demain Rédemption aura des choses à raconter mais je suis las de l'attendre. Le démon en moi a posé le pistolet sur sa tempe, ou peut être est ce moi. Je suis déchiré, il me demande de l'épargner mais j'ai déjà touché le sol et le démon en moi a gagné.
_
Finalement, tout m'est un rendez vous manqué.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 30 octobre 2009 19:58

Modifié le mardi 03 novembre 2009 11:03

_

En fin de compte il y a certaines choses qu'on ne peut pas s'empêcher de discuter.
Les choses que l'on ne veut pas entendre et des choses que l'on dit parce qu'on ne peut plus garder le silence. Et les choses qui vont plus loin que nos paroles ce sont nos actes. Il y a des choses qu'on ne dit pas parce ce qu'on a pas le choix. Et des choses que l'on garde pour soi. Et assez rarement mais de temps à autre, Les choses parlent d'elles-mêmes.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 28 octobre 2009 19:33

Octobre tiend sa revanche

Octobre tiend sa revanche
_
_
_

Six mois, douze jours, huit heure, et une minute. Où j'ai commencé à écrire le début de cette lettre.

"Monsieur, je crois que les beaux jours ne viendront plus; Octobre apparait derrière la fenêtre constellée de gouttes de pluie, le ciel est gris et l'air, l'air... bien trop perçant. Je crois que j'ai arrêté de croire en la chaleur des corps quand Octobre est venu. Pourtant je l'aimais. Voyez vous, la sensation qui vous vient aux mains lorsqu'elles sont engourdies par le froid ? Hé bien je l'ai au coeur, et elle me fait tourner la tête parce que je sais désormais ce que signifie l'"immensité du rien" et elle est là. En moi. Et c'est bien trop dur à porter quand on veut aimer et être aimer. Encore plus dur à consoler quand il ne vous manquait rien, et qu'on vous reprend tout. Epargnez moi vos remèdes ! Tous les grands feux, les couvertures et les étreintes ne le combleront pas. Je meurs en vous attendant cette nuit d'automne. Et cette mort est bien romantique; dommage que vous soyez trop occupé à en réchauffer d'autres pour vous en rendre compte : J'ai fini de craindre Octobre quand vous avez commencé à plonger dans les nuits froides et les rues désertes.
Dieu qu'Octobre est cruellement aimable quand on a du chagrin ! Dieu qu'il aura glacé ma peau et mon coeur avant que vous ne vous doutiez que je m'y suis abandonné volontairement ! Oui, les beaux jours ne viendront plus parce que vous êtes parti avec. Que manquait il à votre coeur ou votre corps pour me les avoir repris ? Aviez vous trop froid ? Est-ce moi qui vous ai mal réchauffer ? Ou ai-je seulement sous estimer Octobre ?
___
Je ne trouve pas d'autre explication et pourtant je ne peux m'y résoudre. Vous etiez si beau sous ce clair de lune ! Mais la nuit est éternelle maintenant, et l'ombre s'est posé sur votre coeur et c'est pourquoi Octobre n'a connu que des nuits cette année. Où sont les murs ? pour au moins avancer à tâtons. Où sont mes plaies, je ne les sens plus, je ne ressens que l'"immensité du rien" sans l'armure de votre corps. Etait ce prévu ? Ou est ce juste un mauvais concours de circonstances ? Qu'on me dise où est ma tête et si c'est mon corps parce que je ne sens finalement plus rien. Est ce moi qui tremble ou le sol ? Suis encore assise ici ? Parce que je sens mes jambes qui fatigues à marcher jusqu'au coin de la rue. Et ma bouche, ma bouche... je me souviens qu'hier encore vous l'embrassiez, et qu'il n'y avait rien pour pour m'atteindre, rien qui me touche.
Oh ! J'agonise ! Qu'octobre est cruel ! Romantique mais cruel ! Et il a eu ma peau et il remonte jusqu'à mes veines, comme vous qui veniez d'avoir mon coeur et qui vouliez déjà aller jusqu'à ma tête. Peut être que la mode est au poison ? Peut être que le combattre n'y fait rien qu'il m'aura à l'usure; finalement, peut être qu'Octobre est un beau mois pour mourir.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 26 octobre 2009 20:10

Modifié le mercredi 28 octobre 2009 19:32